Matière MÉRINOS
La sciencedu mérinos
Un mouton est tondu une fois par an. Le reste du temps, il traverse les étés secs et les nuits d'hiver sous zéro des montagnes avec la même toison sur le dos. Une seule fibre, deux saisons opposées. Nous sommes descendus jusqu'à 8 nanomètres pour comprendre comment il s'y prend.
Chiffres clés de la fibre mérinos
de son poids sec en vapeur d'eau, sans sensation d'humidité.
libérés par kilo de laine sèche, en plus de la condensation de l'eau elle-même.
d’intensité en moins que le polyester après portage, sur panel olfactif.
le diamètre du fil que nous faisons filer. Le marché tourne autour de 18,5 à 19.
isole du froid comme du chaud
Portez la laine toute l'année
Une seule fibre, portée de janvier à décembre.
Voilà ce qui se passe à l'intérieur.
La maille
À x20, le tricot disparaît. Reste une géométrie : des boucles enfilées les unes dans les autres, et entre elles, du vide.
Ce vide fait la moitié du travail. Un jersey de 160 g/m², c'est 80 % d'air en volume, et l'air conduit mal la chaleur.
L'hiver, cet air freine la fuite de votre chaleur.
L'été, la maille change de rôle. Elle bloque le rayonnement solaire et laisse la vapeur sortir. Ce n'est plus l'isolation qui travaille, c'est la perméabilité.
Fig. 01
Le fil
Le fil n’est pas un brin. C’est un câble.
Nous le faisons filer chez Südwolle en double retors : deux brins tordus en hélice, en sens inverse l'un de l'autre. La torsion opposée verrouille l'ensemble. Les extrémités de fibres migrent beaucoup moins vers la surface, et la maille bouloche d'autant moins.
Personne ne peut promettre une maille qui ne bouloche jamais. Woolmark le dit noir sur blanc. Ce qu'on peut faire, c'est retarder l'échéance de plusieurs saisons.
Fig. 02 Fil double retors
Le cortexbilatéral
Coupez la fibre en travers. Le disque n’est pas homogène.
Deux populations de cellules corticales cohabitent côte à côte : l'orthocortex, et le paracortex, plus riche en soufre. Elles ne réagissent pas de la même façon à l'humidité, et elles n'ont pas la même longueur.
Les cellules de l'orthocortex, côté extérieur de la courbure, sont plus longues que celles du paracortex, côté intérieur. Cette différence est fixée dans le follicule, au moment où la fibre se kératinise. Une fibre dont un flanc est plus long que l'autre se courbe. Répétez sur toute la longueur et vous obtenez la frisure.
La frisure crée le gonflant. Le gonflant crée l'air emprisonné du palier 01. Une asymétrie fixée dans la peau du mouton remonte jusqu'à la sensation thermique.
Fig. 05 Coupe transversale, division bilatérale
Huitnanomètres
Dernier palier. La kératine s’organise en filaments intermédiaires de 8 nanomètres de diamètre, espacés d’environ 11 nanomètres, noyés dans une matrice riche en soufre.
Entre eux court un réseau de pores qui descendent jusqu’à 4 nanomètres. Une molécule d’eau mesure environ 0,3 nanomètre. Elle passe sans difficulté.
À saturation, l’écartement entre filaments augmente d’environ 14 %. La fibre respire au sens strict du terme : elle change de dimension selon l’air qu’elle traverse.
Fig. 06 Faisceau de fibres, analyse structurelle
La remontée · Hiver
La fibrequi chauffe
Chaque molécule d’eau qui se fixe sur la kératine libère de l’énergie. La réaction est exothermique, et elle se mesure.
Un kilo de laine sèche libère environ 113 kilojoules en se chargeant d'humidité, en plus de la chaleur de condensation de l'eau elle-même. Aucune autre fibre courante ne fait mieux : le coton plafonne à 46, le polyester à 10.
Le dégagement s'étale sur plusieurs dizaines de minutes. Vous sortez dans le froid humide, la fibre capte l'humidité de l'air, et elle chauffe pendant tout le temps où vous en avez besoin.
La remontée · Été
La fibrequi temporise
L’été, le même mécanisme tourne dans l’autre sens.
Au repos, votre peau évacue environ 350 millilitres d'eau par jour sans que vous le voyiez. À l'effort, la sudation monte couramment entre 0,5 et 2 litres par heure. C’est l’évaporation de cette eau qui vous refroidit.
Le mérinos capte la vapeur avant qu’elle ne devienne sueur liquide, la stocke, puis la relâche progressivement. Le refroidissement s’étale au lieu de tomber d’un coup. Vous ne passez plus du trempé au glacé en entrant dans un bureau climatisé.
Pendant ce temps, une monocouche d'acide gras liée chimiquement à la surface de la fibre la rend non mouillable. L'eau reste à l'intérieur, pas dessus.
Le portage long
Treize nez,vingt-huit jours
Une équipe néo-zélandaise a fait coudre neuf tricots différents sous les aisselles de T-shirts, les a fait porter deux jours par cinq hommes, puis a soumis les échantillons à treize évaluateurs olfactifs après un jour, sept jours et vingt-huit jours.
Le classement est resté le même aux trois échéances. La laine est ressortie significativement moins odorante que le coton, et le coton significativement moins que le polyester.
L'explication tient au palier 05. La laine ne tue pas les bactéries, elle en héberge même davantage et plus longtemps que le polyester. Ce qu'elle fait, c'est capter les composés odorants et les relâcher très lentement dans l'air. Un test à l'acide isovalérique marqué a retrouvé 98 % du composé sur la laine après trois heures, contre la moitié sur le coton et rien sur le polyester. Retenu dans la fibre, il ne monte pas au nez.
C'est ce qui autorise plusieurs jours de portage entre deux machines. Sur 23 392 vêtements suivis dans cinq pays, un T-shirt en laine se porte 3,5 jours entre deux lavages. Un coton ou un synthétique, 2.
Comparatif
Trois fibres,un même test
| Laine mérinos | Coton | Polyester | |
|---|---|---|---|
| Vapeur d'eau absorbée | Jusqu'à 35 % du poids sec | Environ 2× moins | Environ 30× moins |
| Chaleur libérée à l’absorption | ≈ 960 kJ/kg | Faible | Quasi nulle |
| Intensité d’odeur après portage | Référence basse | + 28 % | + 66 % |
| Surface sèche au toucher | Longtemps | Peu | Peu |
| Protection UV courante | UPF 20 à 50 | UPF ≈ 10 en t-shirt | Variable |
| Biodégradable | Oui | Oui | Non |
Valeurs issues des sources listées en bas de page. Les performances réelles dépendent du grammage, de la construction et de la teinture.
Chez nous
Ce que nous faisonsde cette fibre
Nous concevons nos matières en interne depuis 2014. Le fil, le titrage, la torsion, le grammage, l’armure : chaque paramètre est arrêté à Toulon avant de partir en production.
Nos mérinos sont tricotés, teints, coupés et cousus en Lituanie, dans un atelier intégré spécialisé dans le jersey fin.
Les tissés partent en Tunisie, à partir d’étoffes de France, d’Italie et d’Espagne.
Selon l’usage, nous descendons à 140 g/m² ou nous montons à 650. La fibre reste la même.
C’est la construction qui change de saison, pas la fibre.
Plage de finesse travaillée
Plage de grammage
Poids d'une balle de laine
RWS, Woolmark, mulesing-free, Oeko-Tex
Questions
Ce qu'on nousdemande le plus
Oui. La fibre absorbe jusqu'à 35 % de son poids sec en vapeur d'eau et la relâche progressivement, ce qui étale le refroidissement par évaporation au lieu de le concentrer.
En dessous de 19 micromètres, non. À 16,5 micromètres, la fibre plie au contact au lieu de résister.
Plusieurs jours de suite dans un usage courant.
Oui, et il produit même de la chaleur en absorbant l'humidité.
Le diamètre de la fibre.
Machine à 30 °C, essorage limité à 800 tours par minute, séchage à plat.
Une étoffe de laine offre couramment un indice UPF compris entre 20 et 50.
Une fibre.Douze mois.
Nous travaillons cette matière depuis douze ans, du fil au grammage. Nos pièces mérinos couvrent la plage complète, du tricot d’été au pull d'hiver.


